Être énergétiquement ouvert aux animaux et au monde

INTERVIEW D’UNE HYPERSENSIBLE
Anonyme
Légende de l’image de couverture :
«
En amazone, sans mors ni selle : accepter d’être vulnérable face à un animal de 500 kg, et qu’il nous respecte encore, est la plus belle preuve de confiance mutuelle qui soit.»

Depuis plusieurs années que je me passionne pour la communication, avant de la rencontrer, j’étais familier avec la communication interpersonnelle, managériale, non verbale… mais j’ignorais tout de cette autre approche sur laquelle elle m’a ouvert les yeux.

Actuellement, elle suit un double cursus en infographie 3D d’une part et en digital painting d’autre part. Depuis son plus jeune âge, elle tisse des liens étroits avec ses animaux, dont ses chats et ses chevaux. Naturellement réceptive à leur langage, elle a développé ses sens afin de mieux comprendre et communiquer avec eux. Son secret, qu’elle nous révèle dans cet interview : la communication énergétique.

PRÉAMBULE : TOI ET TON HYPERSENSIBILITÉ

D’après Elaine N.Aron, près de 70% des Hypersensibles seraient introvertis. C’est ton cas ?

J’ai très longtemps été introvertie. Je dirais au moins jusqu’à mes 18 ans. J’ai toujours eu des amis, mais je n’aimais pas me retrouver dans des conversations à plus de trois, j’étais très sélective avec mes fréquentations et je n’osais pas souvent m’exprimer. Ma rentrée à la fac et mon engagement dans mon association de scoutisme ont été une révélation, j’ai gagné en confiance et je suis à présent beaucoup moins timide (voire pas du tout, beaucoup d’introvertis me prennent même pour une extravertie). Le truc, c’est que j’ai aucun mal à parler aux autres, à faire des rencontres, à me confier. J’ai beaucoup plus de mal par contre à exprimer mes opinions, sauf s’il s’agit d’une cause qui me tient à cœur. C’est difficile pour moi de savoir si je suis INFJ ou ENFJ, parce que le MBTI me score toujours autour de 50/50. Après, je me retrouve plus dans le fonctionnement introverti, parce que même si je suis à l’aise socialement (du moins en apparence), ça m’épuise.

Je passe beaucoup plus de temps seule qu’entourée, quitte à couper les ponts avec mes amis pendant des semaines lorsque j’en sens le besoin. Mon entourage me connaît, je n’ai jamais eu de souci avec ça. J’ai par contre eu des soucis avec des extravertis que je ne connaissais pas depuis longtemps ; s’ils me rencontrent alors que je suis sociable, ils se mettent en tête que j’aime bien sortir ou passer du temps avec des gens. Et quand je me ferme, ils ne comprennent plus et prennent ma distance pour du rejet. Généralement, ça vient par période. Dans mes phases sociables, je peux tellement avoir envie de soirées que ça m’est arrivé de sonner aux portes où il y avait de la musique la nuit dans mon appart pour rejoindre les gens, ou d’aller rencontrer des étudiants qui faisaient la fête au parc, alors même que je ne connaissais personne. Jamais eu de mauvaises surprises, les fêtards sont toujours heureux de faire de nouvelles rencontres ! Je dirais donc que mon introversion ne s’exprime pas par de la timidité, mais par du rejet. Des fois, je trouve que passer du temps avec des gens m’empêche d’être productive ailleurs.

« J’ai principalement découvert mon hypersensibilité auprès des animaux ; là où les humains semblaient avoir des comportements insensibles, j’ai toujours senti que les animaux détenaient la vérité. »

Comment tu te sais Hypersensible ? Est-ce que tu l’as toujours su ?

Concernant mon hypersensibilité, je l’ai toujours su. Quand on est jeune enfant, on est tous hypersensibles, mais vers la fin de la primaire, il m’est paru évident que j’étais en décalage avec les autres. Non seulement je suis très émotive (surtout avec la joie, la colère ou la tristesse – j’ai rarement peur), mais je cerne en moins de deux les personnes qui m’entourent. Je ne me suis jamais trompée sur mes fréquentations ; je n’ai jamais vécu de trahison, parce que je sais dès le premier instant si je suis face à quelqu’un à qui je peux me fier ou non. J’ai déjà rencontré des profils de pervers narcissiques, mais comme je ne suis pas manipulable, ils me fuient : ils savent que je vois clair dans leur jeu.

Par ailleurs, je me suis souvent retrouvée dans la posture de confidente avec mes amis, parce que je ne sais pas juger, juste conseiller. Et puis les gens savent que je ne suis pas curieuse. Je ne pose pas de questions, j’accueille juste ce qu’on me dit. Je prends rarement part aux conflits, parce que les comportements passifs-agressifs m’échappent (typiquement le cas du “je boude”). J’ai du mal à avoir un avis arrêté sur un sujet, parce que j’ai toujours su voir les choses de différents angles, même lorsque les comportements sont inacceptables. Le fait d’être issue d’une famille à deux cultures où les parents se sont toujours contredis y est pour beaucoup. J’ai principalement découvert mon hypersensibilité auprès des animaux ; là où les humains semblaient avoir des comportements insensibles, j’ai toujours senti que les animaux détenaient la vérité. Ils savent ce que tu ressens, et ne savent pas mentir. Les animaux les plus peureux n’ont pas peur de moi, parce qu’on résonne de la même façon : on s’exprime dans l’instant présent, sans le moindre masque. C’est rare, chez les humains. Parfois, à cause des filtres que les adultes mettent en place, je cherche encore à comprendre ma propre espèce.


«C’est celui qui nous a adopté haha, le squatteur. Il est immense, ça se voit pas mais il fait près de 8 kilos, un peu comme un maine coon.»

Cette découverte de ton hypersensibilité auprès des animaux ne reflèterait t-elle pas un don lié à ton Hypersensibilité ?

Je ne considère pas vraiment l’hypersensibilité comme étant innée. On se développe en fonction de notre environnement, et comme je m’intéressais plus aux animaux qu’aux autres enfants étant petite, j’ai dû développer mes sens en fonction d’eux pour mieux les comprendre et communiquer. C’est vrai que beaucoup ne connectent pas avec les animaux ; ils ont du mal à savoir vraiment ce qu’ils ressentent. Mais souvent, ce sont des personnes qui n’étaient pas intéressées par les animaux étant enfant. Un enfant est réceptif à tout, il peut tout apprendre, et même faire le choix conscient de garder sa part de sensibilité enfantine en grandissant. Souvent, cependant, c’est un choix risqué, parce que le monde des adultes est dur, et beaucoup d’enfants l’apprennent trop vite… Et je sais que beaucoup d’hypersensibles le sont devenus par d’autres circonstances, n’ont pas eu le choix, et beaucoup en souffrent. Ce n’est pas mon cas, j’adore vivre avec cette perception accrue, mais c’est parce que ça a toujours été une force pour moi, et non une faiblesse. Donc, pour te répondre, je ne pense pas. Tous les enfants peuvent connecter comme ça avec des animaux, dès l’instant où ils s’y intéressent. Après, ils peuvent garder cette capacité de connexion avec eux en grandissant, et du coup devenir très sensible aux êtres qui les entourent.

« Je peux toujours voir le monde au travers des yeux d’un enfant, la gamine que j’étais est toujours auprès de moi, et c’est tellement plus beau. Je ne verrais pas l’intérêt de vivre si les choses n’étaient pas si intenses. »

Quel est le don le précieux que tu hériterais de ton Hypersensibilité ?

Je sais pas si on peut parler de don ; ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Soit on est hypersensible, soit on ne l’est pas, et ça change juste notre rapport au monde. Il y a du positif et du négatif dans les deux cas. Pour ma part, j’adore être hypersensible. Bien qu’ayant vécu deux bonnes dépressions, elles n’étaient pas liées à l’hypersensibilité, mais à des événements dans ma vie. Je pense qu’on accuse trop vite l’hypersensibilité de nous faire souffrir. Quand je suis heureuse, je fais rire tout le monde, parce que je sautille, je déborde de joie, et je sais que j’ai une expérience du bonheur qui est très différente de celle de mes proches ; j’ai l’énergie d’un enfant, et j’adore la transmettre aux autres. Ça les amuse de voir à quel point je peux m’extasier devant une pizza ou pleurer de joie en entendant une chanson que j’aime. Quand je suis nostalgique ou triste, ça me rend créative ; ma vie ne serait rien sans la création, et ce sont des émotions qui ne m’effraient pas. Quand je me mets en colère, je sais que je fais peur ; comme je me gère bien, je me mets principalement en colère dans les situations où je dois me défendre. Et grâce à ça, je me sens en sécurité avec moi-même.

Et puis, dans les relations, ça aide : les autres me font confiance parce que je suis transparente, je sais vite cerner les personnes que j’ai en face de moi, et je cache rarement ma sensibilité. Si j’ai envie de pleurer, je pleure ; je n’ai jamais ressenti de gêne avec ça, et ça m’est arrivé que des personnes me disent que j’avais de la chance de pouvoir savoir aussi bien ce que je ressens, et de l’exprimer de façon si spontanée. Quand je ressens une émotion, je sais instantanément d’où elle vient, et je me retrouve parfois à expliquer à mes amis de quoi j’ai besoin si je suis dans telle ou telle situation, que ce soit d’un câlin ou qu’on me laisse tranquille. Je n’aime pas les laisser jouer aux télépathes et avoir trop d’attentes vis-à-vis d’eux ; je me connais bien, autant leur faciliter la tâche s’ils veulent m’aider. J’ai toujours eu peur de perdre cette sensibilité-là, parce que ma vie serait moins riche en émotions. Je peux toujours voir le monde au travers des yeux d’un enfant, la gamine que j’étais est toujours auprès de moi, et c’est tellement plus beau. Je ne verrais pas l’intérêt de vivre si les choses n’étaient pas si intenses.

ÊTRE ÉNERGÉTIQUEMENT OUVERT AUX ANIMAUX ET AU MONDE


Vigil (à gauche) et Manhattan (à droite)

Si je comprends bien, tu as développé un rapport étroit et sensible aux animaux. Dans certaines conversations qu’on a pu avoir, tu parles entre autres de communication non verbale, voire de communication énergétique ou animale :
De quoi est-ce qu’il s’agit, exactement ? Comment s’exprime et se manifeste cette communication ?

La “communication non-verbale”, on en a tous entendu parler : c’est le langage du corps. Mais beaucoup ne savent pas en décoder consciemment les moindres signaux, d’autant plus que c’est spécifique à chaque espèce (humains, chiens, chats, chevaux…). C’est quelque chose de très intellectualisé. On trouve des livres dessus, qui apprennent à analyser les moindres gestes, connaître les moindres significations… Là où je fais une différence avec la “communication énergétique”, c’est que cette dernière est instinctive. On porte tous une énergie en nous, qui se module en fonction de notre personnalité, nos humeurs, nos intentions… Les animaux sentent tout ça. On ne peut pas leur mentir. En modulant notre communication non-verbale (du moins en essayant), on peut faire passer de faux messages aux personnes moins sensibles, mais on peut beaucoup moins facilement moduler son énergie. Déjà, les animaux perçoivent des odeurs que l’on ne perçoit pas : ils savent quand on a peur, par exemple. Certains animaux, comme les chevaux, sont sensibles au moindre battement de cils. Cette énergie se dégage dans tout : notre respiration, notre rythme cardiaque, la tension dans nos muscles, notre posture… Après, il y a aussi le terme “communication animale”, qui désignent les personnes qui lisent dans les pensées des animaux, parfois à partir d’une simple photo. Je ne sais pas si j’y crois ou pas, mais une chose est certaine : ces personnes là connaissent bien la communication énergétique. J’aurais tendance à dire que la communication énergétique se fait seulement quand on est en face à face, mais certaines théories autour de la spiritualité (empathes, flammes jumelles…) évoquent que dans certains cas, la communication énergétique entre deux individus qui ont une connexion très forte se fait même à distance, voire par le biais des rêves. Je trouve ça mignon, mais rien ne prouve ces faits, tout dépend du vécu de chacun.

Félix (en haut), Vaïky (à gauche) et Tigrou (à droite)

Comment est-ce que tu l’appliques et l’établit par exemple avec tes animaux de compagnie ? Qu’est-ce que tu peux nous raconter à leur sujet et que tu as appris par cette communication ?

Dans un premier temps, je trouve important de noter qu’il y a des espèces animales, notamment celles domestiquées, où l’animal sait faire l’effort de comprendre le langage des humains. C’est un truc qui me fascine, parce que la relation avec un animal se fait toujours à mi-chemin : l’animal aussi s’implique. C’est le cas du miaulement du chat, par exemple : un chat, une fois adulte, miaule presque pas avec ses congénères, même ceux qu’il affectionne.

Je ne saurais dire comment je l’applique, parce que je le fais tout le temps, avec le moindre animal que je rencontre, et ce depuis que je suis toute petite. Par contre, je peux citer quelques exemples. Au cours de ma vie, j’ai eu quatre chats, et ceux qui sont partis sont restés 12 et 14 ans avec nous. Ce sont des chats de campagne qui vivent en plein air, avec accès libre à la maison, et ils sont beaucoup câlinés. Je suis celle qui s’en occupe le plus : j’en ai recueilli deux. L’un avait à peine deux semaines et avait été abandonné au bord d’une route de campagne, j’ai dû le nourrir avec du lait maternisé à la seringue et lui mettre une bouillotte pour la sieste, j’avais alors 10 ans et il tenait dans la paume de ma main. Le deuxième avait un an, on ne sait pas s’il s’est échappé de chez lui ou s’il a été abandonné, mais il a élu domicile chez nous depuis maintenant 3 ans. Ça m’est arrivée de devoir leur retirer des tiques qui étaient carrément rentrées à l’intérieur de leurs oreilles, ou de leur donner des pipettes de médicaments infectes directement dans la bouche. Tous ceux qui ont des chats le savent : c’est très difficile de les immobiliser dans ces situations, beaucoup ont même recours à la force et bloquent l’animal contre eux pendant le traitement. J’aime pas faire ça, parce que ça passe pour une forme de trahison à leur égard : ils savent qu’on est plus fort qu’eux, ils aiment se sentir en sécurité grâce à ça, donc il n’est pas question de retourner cette force contre eux. Lorsque je sais que ça va être désagréable, je pose ma main sur leur tête et je baisse ma tension musculaire en essayant de leur transmettre qu’une seule chose : de l’inquiétude.

A partir de cet instant-là, si l’animal ressent ta sincérité, il saura que tu souhaites l’aider, et il se figera. Souvent, d’ailleurs, leur première réaction à ce contact est de se coucher au sol et d’attendre. Je me suis donc retrouvée à donner la pipette immonde à l’un de mes chats, allongé sur le côté, avec une seule main (je n’avais même pas besoin de le toucher de l’autre) alors que ma famille avait dû se battre avec lui pour les prises précédentes. Ce sont des émotions qu’ils comprennent, parce qu’ils ont dû accorder la même confiance aveugle à leur mère alors qu’ils étaient petits, et c’était par le biais de ses émotions qu’elle leur faisait savoir la gravité de telle ou telle situation.


« Il cause tout le temps, souvent pour râler, mais il est hyper affectueux avec moi » / « Vaïky vient de Viking en anglais. Et il se trouve qu’il soit, autant physiquement qu’au niveau de la personnalité, le portrait craché de Crokmou dans Dragons »

J’ai aussi eu de drôles d’expériences avec des chiens. Je n’ai jamais eu de chien, mais il semblerait que j’ai un truc avec eux.

Pour ne citer que quelques exemples, je venais de rencontrer un couple, je finis chez eux pour un apéro, et ils avaient un tout petit spitz très craintif. Ils l’avaient depuis six mois, et il aboyait de nervosité face à la moindre personne qui entrait dans la maison, même s’il connaissait bien la personne. Tant que ce n’était pas l’un de ses deux maîtres, il n’était pas rassuré. En fin de soirée, il était allongé à mes côtés, les yeux mi-clos. Et son maître m’a dit qu’il était bluffé, parce qu’il n’avait jamais vu son chiot faire ça, depuis les six mois qu’ils l’avaient. Cette même situation s’est également reproduite avec le caniche nain de ma tente : il est directement venu me lécher la main, alors qu’il semblerait qu’il parte au galop face au moindre inconnu.

Gamine, ça m’est aussi arrivée de croiser un garçon dans un parc qui ne réussissait pas à rattraper son chien. Il lui courrait après pendant plus d’une dizaine de minutes, l’air complètement désemparé. Je suis allée le voir pour lui proposer mon aide, et sans trop y croire, il m’a tendue la laisse. Le chien s’était allongé à une dizaine de mètre dans la pelouse, face à nous. J’ai regardé le toutou et me suis dirigée vers lui comme si je voulais faire sa connaissance, et non pour l’attraper. Même en voyant la laisse, il n’a pas bougé d’un poil.

Plus récemment, j’étais simplement allée rendre visite à une amie pour la première fois chez elle. Sa chienne était un peu agitée, j’ai avoué à mon amie que je ne suis pas forcément rassurée avec les gros chiens qui sautent dans tous les sens, mais tout s’est bien passé. Trois jours plus tard, alors qu’elle n’avait rien dit sur le coup, elle vient me voir pour m’annoncer qu’elle était étonnée : protectrice et possessive, sa chienne était habituellement agressive avec les inconnus (elle n’avait pas osé me le dire haha), alors qu’elle m’avait directement acceptée. Ce n’était jamais arrivé auparavant, alors qu’elle a sa chienne depuis des années. Ça l’avait beaucoup touchée, et elle trouvait que ça en disait long sur moi.

« Cette communication me permet de développer l’humilité, l’empathie, l’ouverture d’esprit. Il ne faut jamais deviner ce que ressent l’autre : il faut le ressentir et l’entendre. »

Chez moi, il y a le crash test : je regarde tout le temps mes animaux, chats comme chevaux, face à mes amis. Leurs yeux vont tout de suite me dire si je me trompe sur leur compte ou non : si je considère que mon ami a une énergie positive, les animaux vont le valider, et vice-versa.
Pour en revenir à ce que je disais, ce sont souvent les gens autour de moi qui me disent qu’il y a un truc de spécial avec les animaux qu’ils connaissent. Ça m’est aussi arrivée de faire somnoler un cheval phobique de la tondeuse électrique juste en lui massant l’encolure alors que sa propriétaire le tondait (elle n’en revenait pas). Et quand ça en vient à mes propres animaux, je le vois de moi-même : j’ai un chat qui parle sans arrêt, et comme je n’ai jamais cessé de lui répondre, on a développé un langage à part entière. À tout instant, il me communique ce qu’il ressent et ce qu’il veut. Il me suit partout, on est inséparables, mais il est à la limite de la dépendance : il dort toutes les nuits avec moi, et si j’ai le malheur de m’absenter plus de quatre jours, il pleure à mon retour et ne me quitte pas d’une semelle les 48h qui suivent. Il parlait aussi aux autres membres de la famille avant, maintenant il n’utilise que le miaulement “J’ai faim” avec eux. Il sait même réclamer des caresses en levant la patte vers moi, et est d’une telle affection qu’il me lèche la main à la moindre occasion

Le cheval que je monte, quant à lui, était très craintif quand je l’ai rencontré à ses trois ans. Sevré trop tôt, débourré trop tôt, il a pas mal de séquelles de sa vie de poulain. Il est même devenu agressif à ses quatre ans avec les cavaliers du club qui le montaient, parce qu’il ne se sentait pas écouté dans son mal-être. Il a maintenant dix ans, il fuit toujours les inconnus, mais grâce à la communication non-violente et l’éthologie, j’ai réussi à gagner sa confiance de telle sorte que je peux sortir seule en balade, aller sur la route, croiser des chiens qui galopent ou passer à côté d’une horde de cycliste sans qu’il bouge d’un pouce : il est anxieux, me le fait comprendre, mais ne réagirait jamais à mon détriment. Il me fait confiance, et veille à ma sécurité. Si je tombe, il s’arrête, baisse la tête vers moi et me fait un regard inquiet et culpabilisant. Là où la plupart des cavaliers gronderaient leur cheval, notamment si la chute est due à un refus face à un obstacle, je me retrouve à devoir le rassurer et lui dire que je ne suis pas blessée. Cette communication me permet de développer l’humilité, l’empathie, l’ouverture d’esprit. Il ne faut jamais deviner ce que ressent l’autre : il faut le ressentir et l’entendre. Trop d’humains tombent dans le piège de l’anthropomorphisme.

Comment exploites-tu ces sens dans tes relations humaines, sans l’aide de tes animaux de compagnie ? En quoi est-ce que cela t’est bénéfique/utile au quotidien dans tes relations interpersonnelles ?

À vrai dire, je ne m’en sers pas dans mes relations humaines, sauf pour cerner rapidement quelqu’un : à quel degré nous allons nous entendre lorsqu’il s’agit d’une première rencontre, et dans quel état émotionnel ils sont quand je les connais un peu plus. Il faut savoir que c’est souvent inutile avec les humains, parce qu’on a le langage. Ça n’entre en compte que quand l’énergie de la personne contredit ce qu’elle dit. Sinon, il faut croire ses paroles. Et puis, il faut se méfier de cette communication énergétique, parce qu’elle est très intrusive. Moi-même, j’ai horreur que les gens l’utilisent avec moi, à moins que je n’aie instantanément confiance en eux. Je ne m’en sers que quand j’ai une telle connexion avec quelqu’un que les mots deviennent inutiles. Cela dit, j’ai déjà vu des profs de méditation et de sophrologie s’en servir pour transmettre le calme. Je considère donc que si ça se limite à de la transmission, c’est correct ; mais ça ne doit pas se faire dans le but d’une lecture de l’autre, à moins qu’on ne cherche les bons mots pour consoler.

Peut-on dire, par exemple que ces sens développés à l’égard des animaux ont alimenté ta transparence, cette capacité à ne pas juger dont tu parlais plus tôt ?

Je ne considère pas que ça a alimenté ma transparence : c’est l’hypersensibilité qui fait ça. Être transparente émotionnellement est une volonté de ma part ; il y a aussi beaucoup de situations où je ne le suis pas. La transparence n’est pas une question de communication, mais de confiance. Après, les personnes émotionnelles ont tendance à être plus transparentes parce qu’elles sont très énergétiques : c’est plus difficile de garder toute leur énergie émotionnelle contenue à l’intérieur. Et quand elles essaient, elles deviennent carrément froides, ce qui a aussi un impact énergétique. Et puis le fait que je ne sache pas juger les gens vient principalement de ma double nationalité ; je connais des hypersensibles qui jugent en permanence. Mais là aussi, ça n’a rien à voir avec la communication : on juge surtout les autres quand on est en insécurité avec eux ou avec soi-même. On en revient à la confiance. Et pour que les gens nous fassent confiance, il ne faut pas être intrusif ; c’est contraire à la communication énergétique. Cela dit, les animaux nous apprennent à moduler notre énergie si on le souhaite. J’ai tendance à dégager une énergie sombre si je me retrouve dans une situation vulnérable. Mes rares mauvaises rencontres ont fini avec le gars qui fait demi-tour sans rien dire, se sentant ridiculisé par mon manque de réaction : je carre les épaules, sans trop me montrer agressive, et les regarde avec dédain. Après, comme je m’énerve bien plus vite que je n’ai peur, ça peut se sentir. On peut même s’amuser avec : certaines énergies font que les gens s’écartent quand on marche vers eux dans la rue. D’autres énergies, plus faibles, vont laisser les passants arrivant en face croire qu’ils ont le droit de te foncer dedans, parce que tu aurais indiqué que tu seras la personne qui s’écartera au moment du croisement. Dans les situations simples comme ça, non verbales, les décisions se font toujours en fonction des énergies perçues.

Manifestement c’est un sujet qui te tient à cœur puisque tu t’y consacre dans l’écriture et entre autres, à ce titre, tu es l’auteure du roman “Des Braises Aux Flammes”. Comment est-ce que tu abordes le sujet ? Tu peux nous en dire plus sur cette histoire ?

Avec “Des Braises Aux Flammes”, je n’avais pas pour premier but de parler de communication énergétique : c’est venu tout seul. Je voulais principalement porter un œil critique sur l’anthropomorphisme, sur certains aspects de l’équitation classique, mais aussi sur certains aspects de l’éthologie. Par-dessus tout, je voulais explorer les questions qui m’ont beaucoup pesée vers la fin de mon adolescence : Qu’est-ce qu’aimer les chevaux ? C’est aimer les monter, ou leur contact ? Et surtout, peut-on réellement dire qu’on aime les chevaux si les soumet à nous, en les dirigeant quand on les monte, leur ôtant toute volonté ? Pire encore, en leur mettant un mors dans la bouche, en utilisant une cravache et des éperons, et en se fâchant avec eux quand ils désobéissent ? Et puis d’où est venue l’idée qu’enfermer un cheval dans un box est normal, alors qu’à l’état sauvage, ils parcourent en moyenne 20 à 30 km par jour ? J’ai horreur de la manière donc l’équitation est apprise aux enfants dans les clubs d’équitation français. Petit à petit, en écoutant mon propre cheval, j’ai pu me réconcilier avec certaines choses : par exemple, j’ai découvert qu’ils aiment qu’on prenne des initiatives pour eux tant qu’on les protège. Grâce à l’éthologie, j’ai pu comprendre ce qu’attendent vraiment les chevaux de nous, comment le leur apporter, et ainsi développer une relation où il n’y a pas un rapport de force tel que dans l’équitation classique.

Un grand merci à elle pour son merveilleux témoignage !

Quant à vous, si vous êtes intéressé(e) ou que vous connaissez des personnes susceptibles d’être intéressé(e)s pour témoigner à titre d’introverti(e) et/ou hypersensible, faites moi signe.

Enfin n’hésitez pas à nous partager vos remarques et suggestions en commentaire 🙂

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Par |2019-10-05T13:07:23+01:00septembre 30th, 2019|Hypersensibilité, Interview Hypersensible|0 Commentaires

Au sujet de l'auteur

Je suis Nicolas, un introverti hypersensible en perpétuelle quête de soi et de son bonheur.🌱 J’ai amplement progressé suite à la découverte de ma nature introvertie, puis de mon hypersensibilité ; après de nombreuses années en amont à surmonter un manque de confiance en soi et à m'interroger sur ma "différence". Mais depuis 4 ans maintenant que je me passionne pour le connaissance de soi et des autres, depuis 2 ans que je pratique la méditation de la pleine conscience et me ressource en montagne, je n'ai jamais été aussi épanoui ! C’est pourquoi je vous partage ici mes aventures dans une optique de développement personnel, inspirée de ma pratique de la pleine conscience et de mon lien étroit à la montagne, afin de tirer le meilleur de nous même :)

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