Quand la musique progressive raconte l’introspection

INTERVIEW D’UN INTROVERTI
Chris Warin
Légende de l’image de couverture :
«Chris à 16 ans lors d’un concert avec son ancien groupe.»

Passionné de musique progressive, inspiré par Steven Wilson, il ne se lasse pas de faire de la batterie chaque fois que l’occasion se présente. A vrai dire, avec un père musicien, Chris est né dans la musique. Il a acheté sa première guitare électrique à l’âge de 12 ans, a joué dans un groupe en tant que batteur et s’initie depuis peu au piano. On retrouve sur compte Soundcloud un ensemble de compositions dont le style évolue quelque peu, car il consacre beaucoup de son temps à créer de nouvelles “compos”.

PRÉAMBULE : LA MUSIQUE ET TOI, TOI ET TON INTROVERSION

Quand et comment est-ce que tu as compris que tu étais introverti ?

J’ai toujours été quelqu’un d’assez solitaire. Dès mes six ans j’étais plutôt dans mon coin, quelqu’un de silencieux. Plus tard, j’ai développé une sorte de double facette, ce qui me permet de me définir comme ambiverti : selon les gens que je rencontre je suis plus actif, socialement je peux être assez extraverti, mais dans ma nature profonde, je suis casanier, passionné par l’art, la musique…

En parlant de musique, pourquoi tu t’y intéresse ? Qu’est-ce que la musique représente pour toi ?

Je baigne dedans depuis que je suis né, puisque mon père est musicien. Il dirige une école de musique. Donc chez moi j’ai toujours eu de la musique, des instruments de partout, des guitares, des enceintes avec un bon son… puis mon frère faisait de la batterie quand il était plus jeune.


Chris Warin (à droite) et son frère (à gauche)

« J’ai développé une sorte de double facette, ce qui me permet de me définir comme ambiverti. »

Indépendamment de cet environnement familial où la musique était très présente, est-ce qu’il y a une raison plus personnelle qui explique ton intérêt pour la musique ?

Étonnamment, je m’y suis pas intéressé tout de suite. Mon père ne m’a pas fait suivre des cours, ne m’a jamais poussé a jouer d’un instrument, je sais juste qu’à 11 ans j’ai eu envie de faire de la guitare parce que je trouvais ça stylé. Alors j’ai demandé une guitare à mon père et j’ai eu des cours avec lui, mais ça ne me correspondait pas parce que je voulais faire du metal.

Ensuite, à 12 ans, j’ai pris la guitare électrique et j’ai commencé à jouer en autodidacte. Je suis né dedans et je mourrai avec ! (*rire*), et j’ai commencé à m’amuser avec un séquenceur à 14 ans. J’ai fait ma toute première compo à 15 ans.

Je crois savoir que tu as fait de la programmation. Pourquoi la musique et pas autre chose, tel que le jeu vidéo, à l’exemple de Florentin dans mon précédent interview ?

Je suis programmeur de métier, en effet. Pendant un an j’ai bossé dans une boite où j’étais programmeur java et c’est à ça que je me destine. En effet, j’ai fait un an d’études au canada sur la conception de jeux vidéo. À terme, c’est à ça que je me destine aussi, parce que j’ai besoin dans mon travail de technique, mais par ailleurs j’ai besoin que le but à long terme me touche – Que tu sois plus impliqué personnellement, en fait ? – C’est ça. Pour moi, c’est passionnant parce qu’il y a tout le côté artistique, la musique… j’ai besoin vraiment de mêler art et technologie. J’ai aussi travaillé dans une boîte où on faisait des logiciels de gestion et j’ai senti que ce côté artistique me manquait.

Mais alors pourquoi la musique, et pas la programmation ?

Je veux absolument que la musique reste une passion, pas un métier. Admettons que j’aie une deadline, je me verrais pas faire une musique qui n’est pas inspirée, mais pour gagner de l’argent. Je veux vraiment que ça reste à part ,où je prends tout mon temps et où j’ai le contrôle total sur ce que j’ai fait.

Et à présent, avec l’âge, est-ce que tu dirais qu’il y a quelque chose de plus engagé, de différent dans tes affinités avec la musique ?

C’est une passion, mais il y a une différence à la manière dont j’écoute, avec celle dont j’en joue. À l’écoute, c’est un moyen de m’enfouir à l’intérieur de moi même. Avec mes écouteurs, je me coupe du monde… Dans la musique que je joue, primairement, l’intérêt c’est le fait que la musique soit intéressante – Dans le sens progressif ? – oui, c’est ça, la technique etc… Et pendant des années, j’ai eu l’envie de faire un album de metal prog : je voulais faire un concept album avec un thème, une histoire autour de l’introversion… mais je l’ai un peu délaissé.

QUAND LA MUSIQUE PROGRESSIVE RACONTE L’INTROSPECTION

Tu peux nous en dire plus sur ce projet ?

C’était l’histoire d’un gars très refermé sur lui même – sans être une image de moi pour autant. C’est un secret pour tout le monde, même pour ses proches, une coquille pour tout le monde, sauf une personne, qui est Stella.

Un jour, ce garçon tombe dans le coma. Et l’idée c’est que t’avais un monde à l’intérieur de son esprit,  et que la seule manière de l’aider, c’est de rentrer dans son intérieur, à l’aide d’une espèce de machine. Musicalement, l’idée c’était d’orchestrer son intérieur, de voyager, découvrir son intérieur et c’est Stella qui le trouvait au cœur de lui même, en avançant de l’extérieur jusqu’au centre. Et au cours de son voyage, elle rencontrait toutes les facettes de sa personnalité, comme des personnages distincts.

Une forme d’introspection, en fait ?

Oui, mais une introspection vécue de l’extérieur. Et ça m’a trotté dans la tête pendant des années…

Aujourd’hui, je pense à quelque chose de plus abstrait, mais je ne l’ai pas concrétisé parce que mon style évolue trop rapidement pour que j’aie le temps de terminer des compos. Je pense à changer ma méthode de travail.

«  L’idée c’est de faire face à “la bête” dans tes tripes, la partie vraiment noire, sombre, qui est au fond. »

Tu m’a présenté une composition musicale sur le thème de l’introspection, à savoir “The Dismal Inner”, littéralement “intérieur lugubre”. Pourquoi est-ce que tu as créé cette musique ? Dans quel contexte est-elle née ?


J’ai composé cette chanson vers Octobre-Novembre quand j’étais au Canada. Pour une raison ou une autre, c’est le mois où je suis le plus introverti, le plus mélancolique, et je reviens toujours à de la musique plus sombre, voire dépressive… c’est clairement le morceau le plus sombre que j’ai composé, bien que le ton de fin soit plus jovial et entraînant.

Je peux en déduire que ça reflète ton état plus mélancolique, ce penchant à regarder à l’intérieur de soi ?

Oui, je pense que ça reflète vraiment une partie de moi même, très introvertie, au plus profond de moi.

En quoi cette musique interprète ton expérience de l’introspection ? Sur le son en soi ? Puis sur le texte ?

Le ton est mélancolique et pour moi, la mélancolie rejoint tout de suite la solitude et le fait d’être introverti, et ce qu’il y a de plus lugubre. Donc l’idée c’est aussi de faire face à “la bête” dans tes tripes, la partie vraiment noire, sombre, qui est au fond, et d’aller lui parler.

Le texte s’y prête bien !


Dark Souls II – jeu vidéo d’Action-RPG dark fantasy développé par FromSoftware

“What we call the curse is traceable to the soul.
Do you see what that means ?
To be alive…to walk this earth… That’s the real curse right there.
We Undead will never die. And that’s quite a predicament, really…”

Dans le jeu, tu ne peux pas mourir, ça sert le scénario, mais du coup le personnage a baissé les bras, n’attend rien, il est dépressif… c’est l’essence même de la mélancolie, et il dit que le problème n’est pas de vivre, mais de ne pas pouvoir mourir.

« Je me suis mis en tête une grande pièce complètement noire. Ce cœur noir au plus profond de mes entrailles. »

Comment tu t’es approprié le texte ?

En fait, je trouve une forme de cynisme qui me convient tout à fait. J’ai été quelqu’un de très pessimiste, je trouvais que la vie c’était de la merde… Puis je trouvais le dialogue super stylé, ça incarne mes racines de gamer. Mais il n’y a pas forcément de signification profonde.

Il y a beaucoup d’écho, des notes qui s’estompent et se propagent progressivement… il n’y a pas un sens, ici ?

Moi quand je compose ma musique, j’ai pas forcément d’idée, mais ça m’a plu, je me suis mis en tête une grande pièce complètement noire. Ce cœur noir au plus profond de mes entrailles. Et c’est là que le reste m’est venu, c’est en trouvant le son que ça m’a parlé.


Steven Wilson

Quel est le sens de la progression par ce rythme qui devient plus entraînant et tonique ? 

Tout ça, c’est très inconscient, parce que quand je fais de la musique, je ne réfléchis pas tellement. J’écris un bout, j’écoute tout et en général c’est assez… – Spontané ? – oui, voilà . Je me dis : “tiens, après cette progression de note je verrais ça etc…”, alors je joue, j’essaie, je vois si ça marche… mais je pense que, inconsciemment, j’y donne un sens quand même, parce que ça me plait de me dire que ça commence très lugubre, puis ça termine par une lueur d’espoir. Inconsciemment, je me déverse dedans, et par rapport à mon vécu je me dis c’est pas mal cette petite progression en écho au Canada dont je rêvais depuis longtemps.

Finalement, à l’image des jeux vidéo de Florentin, on retrouve quelque chose de sombre… Peut-on dire que là aussi il y a une confrontation à des émotions négatives incarnée par cette “bête noire” ? Est-ce que tu rejoins aussi la pensée de Carl Jung quand au fait que c’est un travail impopulaire ?

Moi je me complète totalement dans tout ce qui est triste, mélancolique Je plonge dedans la tête la première ! Je ne supporte pas l’optimisme. Avant j’étais défaitiste, maintenant j’arrive à faire la part des choses et les prends comme elles viennent. Au fond, tout ce qui est travail sur soi, mettre les mains dans cette matière, c’est mon kiffe. D’ailleurs, mon artiste préféré, Steven Wilson, ne fait que de la musique mélancolique. En fait, pour moi, c’est mon modèle. C’est une grande tête du prog !

Si vous êtes intéressé(e) ou que vous connaissez des personnes susceptibles d’être intéressé(e)s pour témoigner à titre d’introverti(e) et/ou hypersensible, faites moi signe.

Enfin n’hésitez pas à nous partager vos remarques et suggestions en commentaire 🙂

Archives

Catégories

Articles récents

Ma gallerie Instagram

Par |2019-10-11T09:24:15+01:00octobre 9th, 2019|Interview Introverti, Introversion|1 Commentaires

Au sujet de l'auteur

Je suis Nicolas, un introverti hypersensible en perpétuelle quête de soi et de son bonheur.🌱 J’ai amplement progressé suite à la découverte de ma nature introvertie, puis de mon hypersensibilité ; après de nombreuses années en amont à surmonter un manque de confiance en soi et à m'interroger sur ma "différence". Mais depuis 4 ans maintenant que je me passionne pour le connaissance de soi et des autres, depuis 2 ans que je pratique la méditation de la pleine conscience et me ressource en montagne, je n'ai jamais été aussi épanoui ! C’est pourquoi je vous partage ici mes aventures dans une optique de développement personnel, inspirée de ma pratique de la pleine conscience et de mon lien étroit à la montagne, afin de tirer le meilleur de nous même :)

Un commentaire

  1. Anah 11 octobre 2019 at 19 h 38 min - Reply

    Super article 🙂

Laisser un commentaire

Résoudre : *
36 ⁄ 18 =